Le burn-out maternel est tabou en France. Pas étonnant. Notre société véhicule une image idéalisée de la figure maternelle : aimante, douce, et heureuse.

Dans l’imaginaire collectif, c’est forcément merveilleux d’avoir un enfant, c’est même l’accomplissement de la vie d’une femme. Alors, lorsque les mères éprouvent des difficultés, elles ont tendance à les minimiser, à les ignorer ou à avoir honte d’en parler. Etre mère, c’est merveilleux dans la plupart des cas, mais cela peut aussi être source de souffrance et d’épuisement.

Dans son ouvrage « La fatigue physique et émotionnelle des mères », la psychologue Violaine Guéritault identifie les trois phases du burn-out maternel. En voici les grandes lignes :

 

1. L’épuisement physique et émotionnel

Être mère, c’est un marathon qui ne se compte pas en kilomètres mais en semaines, en mois, voire en années. La fatigue s’installe doucement mais sûrement, la mère est à bout de force et pourtant elle a l’impression qu’elle n’a pas d’autre solution que de tenir…

« Vidée de son énergie, la personne va cependant être capable de tolérer cette situation pendant une période plus ou moins longue. […] Ce qu’elle sait, plus ou moins consciemment, c’est qu’elle ne peut plus continuer dans ses conditions. »

… et pourtant, elle tient encore longtemps. En fait, elle n’a pas vraiment le luxe de penser à elle, toujours à l’œuvre pour ses enfants, son foyer et? souvent, son travail.

 

2. La distanciation / la dépersonnalisation 

Pour préserver le peu d’énergie qu’il lui reste, la femme qui fait un burn-out maternel peut mettre en place un mécanisme de défense en installant une distance entre elle et sa « source de stress ».

Violaine Guéritault partage sa propre expérience de distanciation dans ces lignes :

« Penchée sur la machine à laver, je triais mon linge et j’entendais, depuis l’autre bout de la maison, mes deux chérubins commencer à se disputer. […]  L’apothéose fut le bruit sourd d’un corps qui atterrit sur le sol […] je ne ressentais rien, ni colère ni angoisse, ni sentiment d’urgence, ni quoi que ce fût d’ailleurs. […] je ne bougeai pas et n’en avais d’ailleurs pas la moindre intention. Je n’avais pas d’énergie pour faire face à ce problème : il m’aurait fallu trouver au plus profond de moi des ressources que j’avais l’impression de ne plus avoir. Je me souviens alors de m’être dit : « De toute façon, elle ne tombera pas plus bas, et puis d’ailleurs, ça m’est égal. »

Ces mots peuvent sembler choquants pour certains, mais ils traduisent un mécanisme de défense émotionnel qui peut être déclenché chez des parents trop longtemps surmenés.

 

3. Reniement des accomplissements présents, passés et futurs

Privée de ses forces et son énergie, la maman, à ce stade, perd confiance en elle et en ce qu’elle fait. Sa perception d’elle-même ne correspond pas à ce qu’elle voudrait être. L’angoisse et le doute sont omniprésents, l’autocritique est sévère, l’image de soi, de plus en plus négative.

Finalement affaiblie psychologiquement, physiquement et émotionnellement, la maman peut vivre un moment charnière et « pivoter ». Elle va investir de moins en moins de temps et d’énergie dans un travail qui l’use progressivement et finir par faire le strict minimum.

Ce comportement ne fera, hélas, que renforcer sa croyance d’être une mauvaise mère, incapable d’élever un enfant.

Pour d’autres mamans, l’épuisement constant entraînera une profonde dépression, qui sera interprétée par son entourage comme un mal-être personnel, une faiblesse, et non pas comme la conséquence d’un trop long surmenage, enfonçant la maman dans un désespoir encore plus grand.

La fatigue est le quotidien de la majorité des mamans sur-investies dans la vie de leurs enfants, de leur foyer et souvent, de leur travail.

Mais attention, le « burn-out maternel » ne désigne pas une simple accumulation de fatigue.

Il survient souvent lorsque l’épuisement se conjugue à une multitude de « stresseurs », souvent d’intensité modérée, répétitifs et chroniques. La mère enchaîne les tâches répétitives, monotones et, de surcroît, interrompues en permanence. Il est difficile pour elle de se poser, et de se sentir fière d’avoir accompli des tâches quand celles-ci se suivent sans jamais se terminer.

« Au fond de nous, au plus profond de notre subconscient, nous ne nous libérons jamais totalement du poids de cet incroyable pouvoir qu’il nous est donné d’exercer sur la vie de nos enfants, de telle manière que le stress qui y est associé ne disparaît jamais non plus complètement »

 

Ainsi, le burn-out maternel prend ses racines dans le temps et découle tout autant d’une fatigue physique, que d’un épuisement moral doublé d’une perte de motivation.

 

Si vous vous reconnaissez dans cette description, sachez qu’il y a des solutions. La première consiste à oser sortir votre silence ou de votre isolement.

 

Parlez-en !

« Etre une maman stressée n’a rien d’inadmissible, de honteux ou d’inavouable. »

 

Pour aller plus loin dans la lecture, quelques ouvrages : « La fatigue émotionnelle et physique des mères : Le burn-out maternel » de Violaine Guéritault ; « Mère épuisée » de Stéphanie Allenou ; « Le Burn-out parental : L’éviter et s’en sortir » de Moïra Mikolajczak et Isabelle Roskam.